L’autre moitié de l’homme – Joanna Russ

Sur Lointemps, les hommes ont disparu il y a mille ans, victimes d’une épidémie.
Les hommes.
Mais pas les femmes.
Les femmes ont survécu, ont enterré et pleuré les morts, les ont oubliés, ont survécu, se sont adaptées et ont trouvé le moyen de faire des enfants toutes seules – des filles évidemment. Elles ont rebâti un autre monde, un autre univers social. Différent.
Lointemps n’est pas une autre planète.
Lointemps est la Terre, notre monde. Lointemps n’est pas exactement situé dans notre futur, mais c’est un des possibles de l’avenir – comme il y en a beaucoup. Disons un monde parallèle où la femme, l’autre moitié de l’homme, est devenue toute l’humanité.
 
Joanna Russ a écrit ici l’un des romans les plus vrais, les plus durs, les plus irritants, les plus audacieux – et peut-être le plus partial de tous – sur la condition de la femme dans notre univers phallocratique. Et sur son envers, sur ce qu’elle pourrait – devrait – être.
Seule une femme pouvait asséner avec tant de franchise et de truculence sa part de vérité, et seule sans doute la science-fiction – genre pourtant réputé masculin — pouvait permettre de la communiquer.

Titre original : The female man
Traducteurice : Henry-Luc Planchat

Livre

Roman
Science fiction

Représentation

Couple de femmes

Société future peuplée uniquement de femme où l’homosexualité est la norme

Évocation de la transidentité

TW

Transphobie ?

Autrice

LGBT+

Editions

/!\ ÉPUISÉ /!\

Robert Lafont
1997
290p

Poche
Pocket 1985

+

Avis de Eva

3/5

L’autre moitié de l’homme est un roman féministe qui met en parrallèle plusieurs femmes (toutes des incarnations de la même personne) :

  • Joanna, l’autrice elle-même (lesbienne) en self insert omniscient
  • Janet, venu du futuriste Lointemps d’où les hommes ont disparus
  • Jeannine, qui vit dans un monde où la séparation hommes/femmes et poussée à son paroxisme et qui se rend malheureuse en essayant de suivre les injonctions hétérocisnormatives
  • Alice-Jaël qui vient d’un futur où les hommes et les femmes se sont séparés en deux clans qui se font la guerre (respectivement le Manland et le Womanland)

Le  livre fini par ses mots :

Sois heureux, petit livre-fille, même si je ne le peux pas […] ; ne te lamentes pas si de jeune personnes te lisent en faisant des pfff, des ah et des bof, se demandant de quoi tu veux bien parler. Ne sois pas triste si l’on ne te comprend plus, petit livre […]Réjouis-toi, petit livres !
Car ce jour là, nous seront libres !
[p289]

J’aurais aimé pouvoir dire que je n’ai pas compris. Mais je comprends, je comprends parfaitement. Bientôt un demi-siècle plus tard, et si je ne partage pas tout, je dois reconnaitre que j’ai le même sens de l’humour discutable, la même envie irrévérencieuse de faire péter la structure narrative, le même besoin surtout de crier face à ceux qui ne comprennent même pas pourquoi on se bat.

Cependant le livre est daté et cela se sent. J’ai trouvé le choix de description du monde futur assez essentialiste et transphobes. Notamment, dans le Manland, les hommes les plus virils règnent en maitre, et ceux qui se féminisent sont méprisés, y compris par la narratrice : 1/7e des Manlander ne supportent pas l’éducation viriliste et préfèrent transitionner socialement et chirurgicalement, ce qui donne lieu à un commentaire de type « Comment peut-on aimer quelqu’un qui est un Soi-Même castré ? La véritable homosexualité détruirait le Manland » [p245]).

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :