Les naufragés de Velloa – Romain Benassaya

les naufragés de velloa

XXVIIIe siècle. Mars et Vénus dominent le système solaire, protégeant jalousement leur surface habitable des milliards de naufragés condamnés à errer dans l’espace suite à la destruction de la Terre.
Quand Mark Slaska, agent des services de renseignement martiens, découvre sur Mercure la preuve que l’Embrun 17, un vaisseau de naufragés à qui Vénus avait refusé l’asile, a pu rejoindre l’étoile Sigma Draconis quatre cents ans plus tôt, une vive stupéfaction s’empare des deux planètes-forteresses : comment un appareil à peine capable de faire la distance Terre-Vénus a-t-il pu parcourir une distance de près de 20 années-lumière, qui plus est, de manière quasi-instantanée ? Existe-t-il une force, dans l’orbite de l’étoile, qui les y aurait invités ?
Martiens et Vénusiens décident d’organiser une mission conjointe le système de Sigma Draconis. Mais derrière l’entente de façade, les représentants des deux peuples sont bien décidés à découvrir la force mystérieuse qui se cache dans l’orbite de l’étoile, et s’en emparer pour assoir la domination.

Livre

Roman

Science-Fiction
Space-Opéra

Représentation

PP lesbienne
PP pansexuelle

PP racisés

TW

Morts brutales
Tentative de viol
Mariages forcés
Manipulation mentale

Auteurice

Editions

Critic
2019
450p

Poche
Pocket Imaginaire
2021

+

Avis de Célia

3.5/5

Le roman des Naufragés de Velloa se construit essentiellement autour des thématiques de colonisation et d’impérialisme. Suite à la destruction de l’écosystème terrien, l’humanité s’est divisée entre deux supers puissances : Mars et Vénus. L’équilibre politique et écologique extrêmement précaire de ces deux entités aboutit à l’existence de populations de réfugiés, reléguées dans des bases apatrides laissées à l’abandon. La découverte par Mars et Vénus d’une planète éloignée qui aurait été colonisée par ces réfugiés pousse à l’envoi d’une mission pour étouffer cette nouvelle civilisation dans l’œuf.

Nous parlerons ici essentiellement des thématiques inclusives présentes dans le roman de Romain Benassaya, puisqu’il s’agit de l’intérêt principal du site.

Cependant je tiens à souligner, en tant que lecteur sporadique de science-fiction en général et de space opera en particulier (à part mes grandes périodes dévouées à Arthur C. Clarke, puis Marion Z. Bradley puis Lois McMaster Bujold), que Les Naufragés de Velloa est un roman très agréable à lire, parfaitement abordable au lectorat débutant de SF, et un vrai page turner. La fin est assez prévisible mais amenée avec suffisamment d’énergie pour être agréable et satisfaisante.

La situation politique décrite dans le roman est pour moi l’aspect le plus intéressant ici.

La Terre n’est plus habitable, et les deux puissances restantes ont colonisé l’une Mars et l’autre Vénus. Mars est une planète couverte entre autre de savanes, et dirigée par une IA qui emprunte le physique d’une femme noire. Vénus est dirigée par des familles claniques chinoises. Nous avons ainsi un pouvoir politique partagé entre l’ex continent africain et l’ex continent asiatique, ce qui est relativement original dans un genre qui interroge assez peu souvent le suprématisme américano-européen (mondes dans lesquels les populations noires sont absentes et les populations asiatiques souvent réduites à un paysage exotique) La population de Velloa est également issue du continent russo-asiatique.

L’avancement sociétal des populations de Mars et Vénus inclut également la disparition totale de toute forme de sexisme. Il n’y a ainsi aucune trace de réflexion misogyne de la part des personnages masculins (d’ailleurs très peu nombreux et en minorité dans les protagonistes de l’histoire)

Je serai peut-être un peu moins enthousiaste sur les structures genrées, voulues ou non, du récit.

Ainsi la représentante de Vénus est une femme cis lesbienne, et le représentant de Mars un homme cis hétéro. J’avoue cela n’est peut-être pas fait exprès mais cela m’a fait plutôt sourire (on se souviendra du malheureux succès en librairie du très problématique « Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus »)

Sur Velloa, l’organisation politique, qui n’en est encore qu’à un stade plus ou moins primitif, est divisée entre des soldats (pouvoir séculier) et des prêtresses (pouvoir régalien), avec une binarité un peu gênante entre les gentils et les méchantes. Comme il n’y a pas vraiment de personnages pour contrebalancer cette division essentialiste, le roman en perd une certaine nuance, ce qui est un peu dommage.

L’auteur fait le choix d’un panel de personnages principaux et secondaires extrêmement limité, ce qui peut obliger à une certaine caricature dans la construction de certains groupes (après j’aurai beaucoup aimé avoir à faire à une prêtresse rebelle !)

En conclusion je conseille Les Naufragés de Veolla, qui constitue une lecture très agréable pour l’été, même si j’aurai apprécié que l’auteur ait appliqué au genre la nuance qu’il a appliqué aux représentations raciales et sociales ; je reviens d’ailleurs sur le fait que l’aspect mortifère extrêmement violent de l’impérialisme, qu’il soit humain ou autre, qui reste la thématique principale du roman, est vraiment bien traité, de mon point de vue.

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