Jour 8 – La pile à lire des Mots à la Bouche

Eva, libraire aux mots à la bouche (librairie parisienne spécialisée en littérature LGBT+) nous livre ses conseils lecture.

Elle précise : « pour cette liste je tiens quand même à remercier de tout coeur @melo_meli qui me relaie ses propres coups de cœur de fantasy, là où je me concentre parfois un eu trop sur la SF. « 

La sélection

Pour celleux qui ont envie de fantasy, de dragons, d’aventures, d’enjeux de pouvoir et de personnages fouillés, mais aussi d’amitié, d’amour, et d’un peu plus de diversité qu’à l’habitude : « Le prieuré de l’Oranger ». Un pavé qui fait un très très beau cadeau et est en plus un (très gros) one shot.

Pour celleux qui souhaitent des futurs qui donnent envie d’y vivre, en communauté, en société, en galaxie même, plusieurs ouvrages :
– le recueil « Bâtir aussi » des Ateliers de l’Antémonde qui s’empare de thématiques queer, féministes, anticapitalistes, pour penser des futurs désirables (ce qu’aujourd’hui on appelle « monde d’après« ) où non seulement nous existons mais aussi où nous vivons, aimons, avons combattu et construisons ensemble!
– « L’espace d’un an » de Becky Chambers, pour une aventure à travers l’espace mais surtout à travers toute une palette d’émotions, de personnages, d’enjeux toujours infiniment politiques, mais sans recours à une violence souvent trop « facile » dans ce type de récits. On n’en dira pas plus… si ce n’est que ce volume est suivi d’autres dans le même univers, qui se lisent indépendamment. On attend avec impatience le 4e.
Bonus :
 si vous êtes plutôt textes courts, découvrez Becky Chambers avec « Apprendre si par bonheur » où un polycule de scientifiques queers part découvrir différentes exoplanètes… et qui interroge notre rapport à la science dans un/notre monde bouleversé.

Pour une voix forte, autour de l’identité et du devoir de mémoire (et le poids qu’il peut représenter, dans son importance, pour les concerné.e.s) : « Les Abysses » de Rivers Solomon, qui m’a laissée en larmes (et dont le premier roman récemment paru en poche, « L’incivilité des fantômes », est tout aussi recommandable).

De l’urban post-technologique ? Avec un personnage bi, à la fois loubard et chanteuse de jazz, une écriture précise qui n’oublie pas l’humour? Ce sera « Un Eclat de Givre » d’Estelle Faye. A qui l’on doit aussi « Les nuages de Magellan«  qui, de son côté, est un space opéra avec des pirates et des lesbiennes… Que demander de plus ?

Du cyberpunk, et queer ? Un new-yorkais et une montréalaise : « La cité de l’Orque » de Sam J. Miller (dont, certes, la traduction du pronom neutre a provoqué un débat nécessaire, mais qui est un très bon roman, ne le boudons pas pour ça) et « Toxoplasma » de Sabrina Calvo. Les deux jouent des codes habituels du cyberpunk, y ajoutent pour l’un un virus qui n’est pas sans rappeller le VIH, l’autre une enquête cybernétique fortement liée au meatspace.

Deux romans un peu plus noirs, dont le personnages principal est gay (mais dont ce n’est pas forcément le sujet central de l’histoire) :
« Olangar » de Clément Bouhelier, une fantasy post-industrielle qui interroge les rapports de pouvoir dans un monde en changement
– et les trois romans de la « Trilogie du subtil changement » excellente uchronie autour de la seconde guerre mondiale signée Jo Walton.

Deux romans de sf queer récents, assez inclassables, aux personnages tourmentés, à l’écriture ciselée (et traduction de concert) et qui ne peuvent laisser insensibles dans leurs récits : « Eau douce«  d’Akwaeke Emezi & « Les Tentacules » de Rita Indiana. Attention, ces deux récits comportent de nombreux TW, mais ils y sont très bien traités, les personnages également.

Deux novellas dans la superbe collection Une heure lumière : « Le Temps Fût » d’Ian MacDonald qui use du voyage dans le temps pour nous parler d’amours gays au sein du XX » siècle, et « Le Poumon Vert » d’Ian MacLeod, qui se déroule dans une société matriarcale, et à l’écriture fine et toute en contemplation.

Pour une dystopie où l’empathie et la communauté saura prendre le pas sur la compétition, comptez sur « La parabole du semeur » qui vient enfin de reparaître en poche ! La suite arrivera au courant de l’hiver, même si mon souvenir en est lointain, je sais qu’il m’a énormément touchée quand je l’ai lu au sortir de l’adolescence, par une vision radicale et différente de l’après-effondrement, sans être naïve. Et avec le talent d’autrice de Butler.

Enfin, que serait cette liste sans Ursula Le Guin dont, si vous connaissez sans doute « La main gauche de la nuit »  ou « Les dépossédés », a produit énormément de textes qui résonnent avec les Imaginaires lgbt… et dont je recommande énormément la lecture des essais parus sous le titre « Le langage de la nuit » qui permettent une autre appréhension de la pensée.

Et un dernier essai pour la route? Celui d’Ian Larue, « Libère toi cyborg«  qui se base sur la liste liée au manifeste cyborg de Donna Haraway pour explorer toute la force feministe et profondément queer que l’on peut tirer de nos lectures d’Imaginaire.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :