Jour 20 – Ce petit truc qui fait faire « oh »

Pour le jour 20 du Calendrier de l’Avent, nous avons eu du mal à nous décider (d’ailleurs il arrive tard) Après 19 jours de conseils de lectures, d’entretiens, de recettes, d’exercices, que pouvions nous vous offrir de plus ?

Article

Sans contrefaçon – Mylène Farmer

En jouant à Hadès, mon activité principale depuis deux jours, je réfléchis, je reviens au tout début de FantastiQueer. Au « Pourquoi ? » Peut-être que de naviguer dans les Enfers revisités par une équipe visiblement très queerfriendly, a ranimé mes petites cellules grises. Un petit voyage sur la barque de Charon pour revenir aux origines.

Pourquoi ?

Parce qu’un jour, j’ai découvert dans un livre un personnage. Et que j’ai fait « oh ».

Vous savez, ce « oh » qui vous ouvre d’un seul coup une infinité de chemins dont vous ne soupçonniez même pas l’existence avant. Avant cette rencontre. Parce qu’un·e auteurice, un jour, a écrit ces mots, a fait ce dessin, a chanté cette chanson, a inventé une histoire dans laquelle vous trouvez un miroir. Que dans la multitude de livres, de films, de chansons qui existent, vous avez fait cette rencontre.

« Oh. »

Toute une compréhension dans ce simple mot.

Ce « oh » est multiple et différent pour tout le monde.

Des fois cela arrive tout de suite. La plupart du temps, c’est par étape. Un personnage, puis un autre personnage, puis un autre personnage, puis encore un et à la fin : « oh ». Toujours renouvelé. Toujours là. Toujours gorgé d’émotions.

 

Un sentiment extrêmement subjectif, où l’on ne parle pas de perfection de représentation, de queerbaiting, d’artistes problématiques voire carrément malsain. Parce que si ces questions sont extrêmement importantes, le « oh » ne se choisit pas. Ce « oh », pour toute une génération queer, per exemple, est arrivé avec Harry Potter. Voilà, c’est comme ça.

Mais chacun a son parcours, chacun a ses propres larmes mêlant tristesse et joie, sa propre intonation de « oh ».

L’Infirmerie après les cours – Setona Mizushiro

Voyons moi-même, queer d’une quarantaine d’année.

Le premier « oh » que j’ai choisi de ne pas prononcer, mais qui tait bien là, tout prêt, si évident, c’était Sans contrefaçon de Mylène Farmer. Nous sommes loin des imaginaires, mais les clips de Laurent Boutonnat étaient assez éloignés de la réalité pour leur procurer une aura fantasmatique.

Des années passent, peu de « oh », mais des fascinations plus appuyées, un moment honteuses, puis revendiquées, puis de nouveau honteuses, on passe d’Anne Rice à Francis Berthelot, on cherche, dans le queer, surtout chez les héros masculins, alors qu’on est née fille. Des « oh » tout petits, qui ne se sentent pas bien légitimes.

Et puis deux jours, deux œuvres… Non en fait trois jours, trois œuvres, à quelques années ou mois d’intervalles, trois « ho ». J’ai dit deux et non trois parce que la troisième a creusé une blessure profonde, sans doute inguérissable, dans ma chair et qu’elle serait sans doute bien hors sujet ici, dans nos imaginaires, puisqu’il s’agit de Stone Butch Blues de Leslie Feinberg.

Mais les deux autres, plus légères, qui ont explosé dans mon âme et mon esprit, dans ma tête de vieille fille seule qui fantasme sur les gay, une fille à pédés comme on insulte, quelqu’un de perdu parce qu’iel né jamais fait de « ho » et qu’iel ne les a pas reconnus avant.

« Oh » devant le très beau et cruel manga de Setona Mizushino, L’infirmerie après les cours.

Le personnage principal, dans un lycée fantasmé pendant des rêves qui ont l’air bien trop réels, doit choisir entre être une fille ou un garçon. Question lancinante, douloureuse, mais qui m’interroge alors, sur mes choix (ou non choix), mes conceptions du monde, de mon monde, qui sépare enfin, brutalement, orientation, identité et traumas. Dépendants et indépendants les uns des autres.

Eclat(s) d’âme – Shimanami Tasogare

Second retour en revers, Eclat(s) d’âme de Shimanami Tasogare et surtout un personnage. L’hôte, fantôme tellement évaporée que pendant quelques temps nous avons l’impression qu’iel n’existe pas, qu’iel n’est qu’une invention du héros. Mais non, afab, ace, ce personnage s’est « juste » détaché de toute notion de genre, de toute relation sentimentale (au sens romantique et sexuel du terme) Un personnage (oh) d’un nouveau genre (ah) qui ne soit ni un robot, ni un extra-terrestre, mais bien un personnage fort dans son temps ,avec son vécu particulier et qui m’a tellement, tellement fait faire « oh ».

« Oh. »

J’existe quelque part dans la tête d’une personne qui ne m’a jamais rencontré.

« Oh. »

Et si moi, j’écrivais aussi cela, aussi ce que je suis. Et on dirait que cela touchera quelqu’un d’autres, quelqu’un que je ne rencontrerai jamais, et que cela lui fera faire « oh. »

Bibliographie

L’infirmerie après les cours – 10 vol.

Genre : Manga surréaliste (voir la fiche)

Représentation : Personnages pan, personnage genderfluid

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