Chronique SP : « Nous dansions sur l’air du numérique » & « Derniers battements », d’Emrys

Cette chronique est issue d’un partenariat entre FantatsiQueer et YBY Editions.

Apprentie auprès du plus grand alchimiste de son temps, Elexia ne vit que pour une chose : l’instant où son maître lui ouvrira les portes de son laboratoire secret.
Lorsque ce moment arrive enfin et qu’elle découvre, fascinée, les inquiétantes expérimentations de son mentor, ses convictions commencent à vaciller sous le regard jaune du sujet n°6.
Célia, chroniqueur

« Ce corps qui m’insupporte. »

Un partenariat avec la maison d’édition YBY m’a permis de découvrir et lire dans la même journée deux textes signés Emrys : Nous dansons sur l’air du numérique et Derniers battements.

Ces deux nouvelles sont à la fois très éloignées et très proches l’une de l’autre, et ont déclenché en moi des critiques diverses et presque opposées.

Nous dansions sur l’air du numérique est une belle histoire à la limite du cyberpunk, prêchant pour un futur transhumaniste. L’histoire de Nao, danseur qui ne peut rester trop longtemps sur les réseaux, et de Saoirse, danseur qui ne peut être que sur les réseaux, est douce et pleine de chaleur et de tendresse.

Le traitement de la danse, du handicap et des illusions, des changements de corps notamment, m’a beaucoup fait penser à la très belle œuvre d’Algésiras, Candélabres.

Le format court convient tout à fait au style direct de l’auteurice ; cielle-ci parvient à nous faire entrer dans son histoire très rapidement, construisant ses personnages en quelques traits efficaces.

Iel introduit cependant à son futur trans une note amère : la science ne peut pas tout.

C’est également le cas de Derniers battements, d’une façon beaucoup plus crue. Ici nous ne sommes plus dans le cyberpunk, mais dans la science-fantasy. L’amour n’y est plus partagé mais à sens unique.

Et la recherche qui devrait permettre de sauver l’humanité a littéralement perdu la tête. Ici on ressent une frustration presque violente devant le format de la nouvelle. L’auteurice nous parle de camps, de ségrégation, sans jamais entrer dans les détails ; iel, par son personnage principal, nous affirme que les recherches scientifiques servent à quelque chose de grand, de très important.

Si important que toute éthique peut être oubliée, et que les expérimentations sur les êtres humains sont possibles, voire nécessaires.

Ici nous ne sommes plus dans la douceur poétique d’Algésiras, mais plutôt chez Hiromu Arakawa, l’autrice de Fullmetal Alchemist.

La science est importante oui, mais : pourquoi ?

Parce qu’on se demande, on cherche à savoir s’il y a une justification aux souffrances infligées aux cobayes du savant fou et de son assistante. Pour nous rassurer.

Mais Emrys ne donnera jamais de réponse.

Du coup, le format de la nouvelle est peut-être le meilleur : il force l’interrogation, le lancinant « peut-on faire n’importe quoi avec un corps ? »

 

« Ce corps qui m’insupporte », que j’ai choisi comme titre de ma double chronique, résume de fait les deux nouvelles.

Le corps des personnages de Nous dansons… qui pourra, ou non, être modifié et amélioré par la science.

Le corps des cobayes de Derniers battements, ceux de numéro 6 et numéro 7, qui a déjà été modifié mais sans promesse de réussite et surtout sans humanité aucune accordée à leurs propriétaires.

Dans les deux cas, la science est là, qu’elle apporte bonheur ou malheur, comme, et c’est un peu banal de le dire, les deux faces d’une même pièce.

Nous dansons sur l’air du numérique est un instant de bonheur qui ne cache pas une certaine mélancolie, et le texte est donc parfait.

Derniers battements est une immense frustration qui met mal à l’aise, et le texte est donc… parfait.

 

Bravo à Emrys pour ces deux pépites.

Elles sont lisibles en numérique et en format papier chez YBY Editions.

Bibliographie

Nous dansions sur l’air du numérique

Genre : Science-Fiction
2039. Nao, étudiant parisien, découvre les joies et les déboires de la danse virtuelle lorsqu’il se connecte pour la première fois au serveur de sa chorégraphe. Il y rencontre Saoirse, avatar aux mouvements mystérieusement parfaits qui l’entraîne dans un pas de deux numérique toujours plus envoûtant.

Représentation : Fluidité de genre, Pansexualité

Derniers battements

Genre : Science-fantasy
Apprentie auprès du plus grand alchimiste de son temps, Elexia ne vit que pour une chose : l’instant où son maître lui ouvrira les portes de son laboratoire secret.
Lorsque ce moment arrive enfin et qu’elle découvre, fascinée, les inquiétantes expérimentations de son mentor, ses convictions commencent à vaciller sous le regard jaune du sujet n°6.

Représentation : Lesbienne

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